Et si vous passiez un cap dans votre photographie?

Cet article est basé sur ma lecture du livre « Petite philosophie pratique de la prise de vue photographie ».

Ce petit livre de poche (125 pages) est une réflexion autour de la photographie sous forme d’une discussion entre Pauline Kasprzak et Jean-Christophe Béchet.

C’est LE livre que je conseille pour quelqu’un qui trouve que sa pratique photo tourne un peu en rond et qui a envie d’avancer. Le fameux mur du débutant comme je l’appel.

Je vous conseil vivement ce livre, surtout qu’il n’est pas cher. Et c’est un bon moyen de rentrer dans le monde de la culture photo.

Je vous propose un petit résumé de ce que j’en ai retenu.

Composition/cadrage et hors champ

Henry Cartier-Bresson dans sa quête du cadrage parfait

Le cadrage est un acte ou l’on va sélectionner ce que l’on montre du réel, on va donc supprimer des éléments par notre action. Par exemple, je peux choisir de ne pas inclure ce fil électrique, ce caillou au premier plan, ect… C’est aussi lorsque l’arrière plan à une valeur forte dans notre photographie, qu’il apporte quelque chose à notre propos. On est dans la photographie orienté reportage.

La composition est plus un acte d’ajout, le cadre est fixé et on va venir y ajouter des éléments à l’endroit que l’on souhaite. On est donc plus dans la photographie de studio.

Le cadrage et/ou la composition vont faire partie de votre style photographique. On peut regrouper ces styles par paire antinomique:

  • le cadrage conventionnel <=> le cadrage original
  • le cadrage documentaire <=> le cadrage expressif
  • le cadrage simple <=> le cadrage complexe
  • le cadrage clair <=> le cadrage ambigu
  • le cadrage spontané <=> le cadrage planifié

Mais ces pairs, vous ne pouvez pas y penser à la prise de vue, vous avez d’autre choses à gérer. C’est une étude que l’on peut faire lors de l’analyse d’image.

Mais il faut se souvenir que photographier c’est choisir, le photographe doit donc réfléchir à:

  • la place qu’il occupe physiquement, sa propre distance de vision. Veut-il cadrer large, montrer le décor, transmettre une sensation de vide, de calme? Ou veut-il une image pleine, coup de poing avec des premier plan qui occupe une grande partie de l’image.
  • le viseur et le format qu’il utilise : carré, rectangulaire, vertical, horizontal… les possibilités sont quasi-infinie et influencent la nature même du sujet représenté.
  • le point de vue qu’il adopte et le type de photo qu’il veut réaliser: noir et blanc ou couleur, documentaire ou abstrait, graphique ou réaliste, politiquement engagé ou non…

Cela fait beaucoup, donc se poser la question de quel est mon style cadrage n’est pas forcément pertinent pour un photographe, le risque étant de tomber dans une caricature de soi-même. Il faut laisser laisser au spectateur l’analyse du style du photographe, comme on l’a vu pour les pairs de style de cadrage.

Le hors champ fait lui aussi partie du cadrage et l’on en distingue deux types.

Le hors champ personnel, c’est ce que vous avez ressenti et votre histoire en tant que photographe au moment ou vous avez pris votre photo.

Le deuxième est le hors champ fictionnel, c’est le hors champs du spectateur, ce que l’image lui fait imaginer, l’histoire qu’il se raconte devant votre photo et qui dépend de son ressenti, de sa sensibilité…

C’est à l’éditing que le hors champ rentre en jeu, et c’est ce qui le rend compliqué. Il va falloir oublier le hors champ personnel parce qu’il ne peut avoir du sens que si vous être reconnu dans le monde de la photo, ce qui est le cas de seulement peu de personne. Le spectateur ne vous connaissant pas, il ne le connait pas ou peu si votre photographie s’inscrit dans une série.

A contrario, c’est une bonne piste pour vos éditing, si vous hésitez entre deux photos, vous pouvez garder la plus ouverte au hors champ fictionnel de vos spectateurs.

Le format à aussi sont rôle dans la composition, on peut choisir un format paysage, vertical, panoramique, carré (qui était considéré comme vieillot mais qui fait son retour).

La photographie à longtemps était enfermé dans la technique comme l’horizon bien droit, la règles des tiers ou du triangle d’or surtout à cause des des clubs et des magazines. Mais l’on remarque qu’il y a une inadéquation entre ces « règles » et les photos des grands photographes. Ces règles sont plutôt rattachées à la photo commerciale (facilement lisible, on a de la place pour ajouter du texte, ect…), mais une bonne photo pour un salon de coiffure sera toujours une mauvaise photo d’art.

La photographie d’art, pour un amateur ou un auteur, est bien plus libre que la photographie professionnelle.

L’acte de prendre une photo peut se découper en trois étapes:

  • le pré-cadrage : le photographe se fait une image mentale de la photo
  • le déclenchement ou cadrage: Il extrait une partie du réel.
  • le recadrage: qui se fait au post-traitement

Le précadrage correspond au repérage mental d’une scène ou un éclairage intéressant, une organisation des éléments et la recherche basée sur la thématique du projet (couleurs ou N&B, recherche de géométrie, etc…). C’est à cette étape que le fait d’avoir un « projet » permet de ne pas s’éparpiller.

Le cadrage, c’est le moment ou le photographe va essayer avec l’œil dans le viseur, il va multiplier les photos en faisant varier les cadres légèrement ou les orientations.

Le recadrage se fera à la post-production afin de choisir précisément le cadrage et le peaufiner.

Il faut en finir avec l’idée que ne pas recadrer est la forme la plus pure de la photographie. Il ne faut pas oublier que la majorité des appareils reflex n’ont pas des viseurs couvrant 100% de la vue finale.

Améliorer le cadrage original par un recadrage peut rendre une photo plus forte, plus dynamique, plus proche de ce que le photographe voulait montrer.

La photographie moderne n’est plus l’art de la prise de vue, de savoir capter et cadrer un instant. Le photographe moderne doit s’intéresser à toute la chaine de l’image, il passera 50% de son temps sur la réflexion de ce qu’il veut montrer et comment, 10% à la prise de vue et 40% en post-production et d’éditing.

Dans ce sens, les étapes de pré-cadrage et de cadrage son la création de la matière première. Lors de l’éditing et de la post production, le photographe va sélectionner et retravailler la matière première pour n’en garder que la quintessence du projet. Les 1% d’images que le public verra.

On peut voir le photographe comme un iceberg. La majorité du travail est invisible aux yeux du public.

C’est pour cela que l’éditing est cruciale, avant le cadrage était le style de l’artiste, sa manière de voir le monde. Mais maintenant tout le monde est photographe notamment car nous avons quasiment tous un appareil photo sur nous avec nos smartphone. Cette multitude de photos fait que la recherche du cadrage original à tout prix n’a plus trop de sens.

Prendre des photos allongé par terre peut donner des cadrages originaux mais sans intérêts.

Le cadrage n’est plus l’élément numéro 1 qui faisait l’artiste comme avant, même si il garde son importance.

Il faut faire attention au fait de multiplier jusqu’à la démesure les photos d’un même sujet (que l’on retrouve plus en numérique qu’en argentique du fait du coût unitaire de chaque photo). Faire 800 fois les même photos ne veut pas dire que l’on en fera une bonne. On peut cuisiner 200 fois des coquillettes au beurre, cela ne fera pas de nous un chef étoilé.

Le cadrage va faire l’unité et la cohérence d’une série. La photographie permet de retrancher au réel, on va choisir ce que l’on veut montrer ou non et comment on veux le faire.

Photographier c’est dire « je », c’est prendre la parole pour dire « voilà comment je vois le monde ».

Il faut donc oublier les règles des tiers et autres règles académique. Notre vision est unique.

L’appareil

On avait dit d’aller au plus simple…

Aujourd’hui on peut faire des photos très facilement, avec nos smartphones, les tablettes mais ce n’est pas ça faire de la photographie.

Comme on vient de le voir, être photographe c’est se déclarer comme tel et prendre la parole. L’appareil n’est donc qu’un outil.

Il faut réduire l’outil au plus simple et donc privilégier les focales fixes. Il faut accepter la frustration de ne pas faire une photo. De plus, le choix d’une focale évite de se disperser et apporte une cohérence dans les images. En travaillant toujours avec la même focale on fini par la maitriser et on sait ou se placer instinctivement.

Ne pas avoir le matériel parfait, c’est laisser une place au hasard et donc aux heureux hasards qui font l’âme de certaines photos. Mais il faut différencier ces hasards à la Lomography qui cherche volontairement le hasard. On retourne dans une pratique normative et la Lomography reste avant tout un business.

Cette partie ou l’on va laisser une place au hasard dans notre photographie et l’accepter dépendra de la personnalité du photographe.

Et il faut noter que l’appareil peut avoir une influence sur comment le photographe sera perçu. Je pense notamment à la sorte de référence lorsque l’on utilise un appareil à visée poitrine ou au cérémonial de la prise de vue à la chambre.

L’éditing

L’éditing d’un projet photo

On pense trop souvent que l’acte photographique s’arrête à la prise de vue ou au post-traitement de l’image.

Tout le monde prend des photos aujourd’hui grâce à l’accessibilité des appareils et de la technique et notamment grâce au smartphones. Désormais les photographes sortent leur appareils pour réaliser un projet précis.

De nombreux photographes passent beaucoup de temps à réfléchir à leur concept, à ce demander de quoi ils vont parler et comment ils vont le faire.Ils consacrent aussi beaucoup d’énergie à la finalisation de l’image via le travail de post-production, de tirage, d’encadrement et d’éditing. L’avant et l’après prise de vue sont bien plus chronophage que la prise de vue elle même.

La question essentiel du photographe aujourd’hui est « Quoi faire de nos photos? ». Tout le monde peut faire des photographies techniquement bonne aujourd’hui, les automatismes font le travail pour nous et même sans, l’exposition photo se base sur trois paramètre (les ISOs, la vitesse et l’ouverture), ça s’apprend en une après-midi. C’est donc une éditing sérieuse qui va différencier un photographe d’un autre, monter son savoir faire, son style, sa personnalité et sa créativité.

On retrouve deux défauts récurent chez les photographes au moment de l’éditing:

  • Le photographe qui ne sait pas choisir, il estime que toutes ses photos se valent.
  • Le photographe qui refuse d’écarter une bonne photo même si elle ne colle pas à son projet ou ne lui apporte rien.

L’éditing est un travail très compliqué car à la prise de vue on choisit dans le réel ce qui sert le propos du projet et l’éditing revient à remettre en cause nos choix de la prise de vue, à se déjuger.

L’éditing doit se faire en ayant en tête le moyen de diffusion du projet. Il en existe trois principaux:

  • l’exposition: on est entre 10 et 30 photos en général mais peut aussi être influencé par le projet et la taille des tirages.
  • la projection: on compte environ 200 photos pour une durée de 20 à 25 minutes.
  • le livre, qui est la forme la plus libre

Il faut garder en tête que si les gens veulent en voir plus après avoir vu votre projet, alors l’éditing est réussie. Les bonnes images ne sont pas perdues au milieu d’images moins bonnes.

Pour réussir son éditing, il faut le faire après avoir laissé reposer des images, il faut que le photographe se soit détaché sentimentalement de ses photos (vous vous souvenez, le hors champ personnel).

En numérique, il peut être nécessaire de faire une première éditing « à chaud » ou l’on gardera entre 20 et 30% des images prises. Le but étant de ne pas être noyé sous une masse de photo lors de l’éditing. On prendra ensuite le temps de se détacher des images.

On attaquera ensuite l’éditing qui permettra de choisir les images dont on fera un tirage de lecture. Il y a deux raisons du passage par des tirages de lecture, de part leur coût on sera plus sélectif lors de l’éditing et l’éditing finale sera plus aisée avec des tirages de lectures de les bouger afin de sélectionner l’ordre des images au sein du projet.

L’éditing n’est pas un résumé. On garde cette méthode pour les souvenirs ou les photos de famille.

L’éditing c’est aussi faire le deuil de photos qui ont donné du mal au photographe et dans lesquelles il avait mis beaucoup d’espoir. Sans le recul du temps, du fait qu’il est attaché à ses photos par son hors champ personnel, le photographe risque d’être un mauvais éditeur.

Si il veut faire appel à une aide extérieure, le photographe devra malgré tout avoir fait 90 ou 95% du travail d’éditing. Sinon le travail final ne sera pas sa vision et le travail sera très compliqué pour l’éditeur extérieur.

Les travaux finaux sont ce que l’on va laisser à nos proches si ils intéressent à notre photographie. C’est à ce moment que les tirages papiers organisés prennent leur sens, que ce soit sous forme de tirages ou de livre.

Mes petits tirages souvenirs et tirages de lectures par ordre chronologique.

Le Réel

Par définition, la photographie est liée au réel. On ne peut saisir quelque chose qui n’a pas été.

Même si le photographe essaye de s’échapper du réel en l’interprétant, il reste malgré tout dans un rapport de proximité avec celui-ci.

Le spectateur aussi recherche toujours ce rapport au réel et cherche à ramener la photographie à une duplication du réel. Que ce soit face a des photos extrêmement retouchées, retravaillées ou des situations photographiées assez rare (lumière particulière, événement inattendu dans le cadre) notre première réaction est de se poser la question du réel.

Cette question du réel peut être vu de plusieurs façon, une astrophotographie ou une macro montre le réel, mais un réel autre que celui de nos yeux.

La photographie se distingue des autres images par le fait que le réel « adhère » à l’image. Le fameux « ça a été » de la photographie.

Avec toutes les possibilités de retouche, le photographe doit expliciter sa distance au réel. Certain voudront coller au réel par une approche documentaire/journalistique. D’autre seront se détacher le plus possible du réel par la création de mises en scène, de décors, d’incrustation d’images, etc… Et entre ces deux extrêmes, il y a une infinité de nuances.

Conclusion

Ce petit livre est un concentré d’informations pour un photographe qui maitrise la technique mais tourne un peu en rond dans sa pratique.

Je n’ai pas parlé de certains chapitres parlant par exemple du choix des matières pour le tirage final ou encore la marché de l’art. J’ai préféré me concentrer sur la réalisation de projets cohérents qui est au coeur même de la pratique photo amateur.

Et si je devais résumer ce livre en une phrase, LA phrase qui va vous faire passer un cap, enfin une question à laquelle vous devez répondre:

Vous avez pris la parole photographique, oui mais pour raconter quoi?

2 commentaires sur “Et si vous passiez un cap dans votre photographie?

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