La mythique Kodak TriX 400

Alors que je faisais de la photographie avec mon numérique depuis quelques années, sans m’intéresser à la culture photo (pas bien…), j’ai découvert le travail de Sebastiao Salgado et son projet Genesis.

Je cherchais des exemples de photographes ayant fait de la photo de paysage en noir et blanc comme j’aimais le faire.

Je me suis empressé d’acheter le livre et en me renseignant un peu sur sa méthode j’ai appris qu’il utilisait la Kodak tri-X 400.

J’en parle avec un ami qui fait lui aussi de l’argentique (enfin qui s’y est remis grâce à moi) et me dit qu’il n’a utilisé que cette pellicule en noir et blanc, qu’elle a été utilisé par les plus grands photographes.

C’est décidé, je vais commencer l’argentique avec cette pellicule!

Présentation

  • Noir et blanc
  • fabriqué par Kodak
  • 400 iso
  • 36 poses
  • grain classique
  • lancée en 1957 (200 ISO à l’époque)
  • années 60, passage à 400 ISO
  • mise à jour en 2007
  • dynamique annoncée de 15EV

Si vous cherchez la fiche technique, elle est disponible ici.

Le mythe

La kodak TriX 400 c’est LA pellicule utilisée par les plus grands comme Sebastiao Salgado, Henri Cartier-Bresson, Garry Winogrand, Bruce Davidson, Bruce Gilden, Josef Koudeka, Vivian Maier ou encore Elliott Erwitt pour ne citer qu’eux (et la liste est loin d’être exhaustive…)

Tout le monde, du professionnel à l’amateur, vante son extrême souplesse d’utilisation. Avec sa souplesse et ses 400 ISO, la triX 400 était aussi bien utilisable en extérieur en plein soleil qu’à l’intérieur. Ce qui assurait à l’amateur la quasi-certitude d’avoir son image et en faisait une parfaite pellicule de reportage pour les professionnel. C’est pour cela que beaucoup ne jure que par elle.

Pour l’anecdote, Anton Corbijn aurait acheté 2500 pellicules de triX 400 alors que Kodak était proche de la faillite, qu’il stocka dans 3 frigo différents (un par étage de son studio).

L’histoire de la kodak TriX 400 est fortement lié au révélateur kodak D76, notamment en France grâce à ….

Jules Steinmetz

Comment parler de la Trix400 et du D76 sans parler de Jules Steinmetz.

Jules Steinmetz (par Michel Sfez)

Jules Steinmetz était un tireur du laboratoire français Publimod. Il a mis au point une méthode de développement qui nous a été rapporté par Jacques Zekkar sur le forum summilux.

Je n’ai pas encore testé cette méthode de développement, je le ferai peut être un jour si je reprend quelques TriX 400 ou quelques Ilford HP5+

Attention, je vous conseille tout de même si vous débutez de faire simple et d’appliquer les recommandation des fabricants. Lorsque vous serez à l’aise avec le développement, vous pourrez expérimenter si l’envie vous prend.

Mon avis sur la TriX 400

J’ai utilisé 6 pellicules TriX 400 (en 35mm) en combinaison avec le révélateur D76 de kodak.

Quelques exemples (reproduction au reflex numérique)

Le traitement à bien sur son rôle dans le rendu mais on peut noter un contraste assez marqué tout en conservant une belle palette de gris. Mes tirages papier sont en général fait avec un grade standard (entre 2 et 3).

Le grain classique est présent mais bien contenu, notamment grâce au D76 qui un révélateur à grain assez fin.

Sur ces quelques exemples on voit aussi que la TriX 400 gère bien les scènes très contrastées (comme la photo du pont de Manhattan) ou bien les contre-jour comme le coucher de soleil sur Pornic ou le contre jour en forêt. Les tirages sous agrandisseurs ont donc été assez simples avec peu de masquages.

Développez vous même vos pellicules!

Développer ses pellicules noir et blanc à la maison, pour peu que vous ayez un peu de matériel (et il en faut vraiment peu) c’est vraiment facile. C’est comme suivre une recette de cuisine basique.

La couleur est plus sensible au variations de température et nécessite de maintenir les produits autour d’une certaine température (en général 38°). C’est donc plus compliqué et je n’ai personnellement jamais essayé.

Nous parlerons donc ici que du développement noir et blanc et je vais vous expliquer les avantages de le faire vous même.

Le coût et la simplicité

C’est une raison principale, le développement est tellement simple et peu cher une fois équipé.

Le coût le plus important va être l’investissement dans le matériel de base, c’est à dire la cuve de développement, un thermomètre, 3 éprouvettes de chimiste. Vous pouvez bien entendu demander autour de vous ou trouver un club photo comme le mien qui met à disposition du matériel. Si vous souhaitez acheter vous pouvez vous tourner vers l’occasion. Malgré tout, les prix en neuf ne sont pas exorbitants.

Une cuve de marque Paterson deux spires se trouve neuve pour un peu moins de 30€.

Cuve Paterson deux spires

Il vous faudra ensuite acheter les produit chimique nécessaire au développement. Au final, le coût des produits chimique revient au maximum à 1€ par pellicule.

Si vous partez de zéro, Ilford et Paterson se sont associés afin de proposer un kit complet avec tout le nécessaire pour développer vos premières pellicules.

Kit Paterson/Ilford pour débuter le développement noir et blanc

La maitrise du procédé

On dit souvent que la photographie c’est une succession de choix, et le développement est aussi un moment ou le photographe peut aussi faire des choix fort. L’association d’un choix de pellicule avec un choix de révélateur donnera un style au images. pour simplifier, vous aurez le choix entre des révélateurs qui limite le grain ou des révélateurs favorisant le grain et apporte une sensation de netteté plus marquée (le Rodinal étant le révélateur le plus connu pour favoriser le grain est aussi une des plus vieille recette de révélateur).

Il existe une multitude de méthode de développement, comme la métode Jules Steinmetz ou encore le stand dev pour ne citer que les plus connues. Et pour les plus aventuriers, vous pouvez tenter l’expérience d’utiliser le cafénol qui est une recette à base de café. Personnellement je suis assez cartésien, je n’ai pas testé cette expérience et je reste au produits chimique plus classiques. (Et je vous conseil de maitriser le développement classique avant de vous lancer dans l’expérimentation).

En maitrisant lé développement, vous pourrez même faire des expériences et adapté votre développement en fonction des résultats précédents afin d’obtenir les meilleurs négatifs possible pour le scan ou le tirage.

Et il y a une certaine magie et un peu de fierté lorsque l’on ouvre la cuve et que l’on voit que les images sont bien présente sur le film.

Un autre avantage de maitriser le développement, c’est de limiter les risques de détérioration des pellicules. J’ai vécu cette mauvaise expérience de récupérer une pellicule après une développement par un labo et d’avoir la mauvaise expérience de voir que le film avait était abimé sur certaine vues.

Et il faut savoir que vous n’êtes pas obligé d’exposer la pellicule à sa sensibilité nominale, c’est ce que l’on appelle pousser ou retenir la pellicule. Et dans ces cas, on adapte le temps de développement. En ayant la main sur le procédé, vous êtes sûr de faire le bon développement.

La curiosité de l’histoire de la photo

Le film souple transparent est inventé en 1888 par l’Américain John Carbutt et commercialisé en 1889 par l’industriel américain George Eastman — le futur fondateur de Kodak — sous la forme de rouleaux de 70 mm de large.

Wikipedia

Le format 35 mm donnera la cartouche 135, un conditionnement commercialisé par Kodak à partir de 1934 permettant le chargement et la manipulation du rouleau en plein jour.

Wikipedia

Si on prend 1934 comme date de référence, cela fait plus de 85 ans que la photographie argentique existe. De part la jeunesse du numérique, on peut dire que la majorité des photos mythiques ont été faite en argentique.

Faire des photos argentiques et développer vous même vos pellicules c’est aussi un moyen de comprendre et de vous imprégner de l’histoire de la photographie.

Conclusion

J’espère vous avoir convaincu de vous lancer dans l’aventure du développement du noir et blanc.

Vous aurez ainsi la maitrise du rendu pour un coût réduit, et vous découvrirez un morceau de l’histoire de la photo.

Et si vous le faites à la maison, vous aurez le résultat bien plus vite qu’en passant par un labo.

Pourquoi faire de l’argentique noir et blanc?

La photo de la prise de vue au tirage

En choisissant la photographie argentique noir et blanc, vous faites le choix de pouvoir réaliser vos images de la prise de vue au tirage.

Vous pourrez apprendre et maitriser chaque étape de la réalisation de vos photographie.

La prise de vue

Pour la prise de vue, vous pourrez choisir le rendu en choisissant la pellicule que vous utiliserez. Les paysagistes ou photographe d’architecture pourront choisir une pellicule à grain fin afin d’avoir le maximum de détails par exemple. Ceux qui font de la photo de rue pourront choisir entre le grain traditionnel des pellicules mythiques dans l’histoire de la photo de rue (comme l’HP5 ou la TriX400) ou choisir leur équivalent moderne (les Delta 400 ou Tmax 400).

Vous choisirez la pellicule qui correspond à votre projet photographique.

Le développement

Cuve pour le développement

En effectuant cette étape vous même, vous pouvez une fois de plus jouer sur le rendu final de vos photos.

Il existe une multitude combinaison pellicule/révélateur ayant chacune leur rendu. Les amoureux du grain fin utiliseront un révélateur à grain fin avec une pellicule à faible ISO, les amoureux du grain pourront quand à eux utiliser un révélateur favorisant le grain comme le mythique Rodinal.

Il existe aussi de nombreuses méthodes de développement ayant chacune leur rendu. Je pense notamment à la méthode Jules Steinmetz ou le Stand Dev.

Si vous débutez, je vous conseille de choisir une pellicule, un révélateur et de suivre les indications constructeurs afin d’obtenir de bons résultats et surtout des résultats constants. Une fois maitrisé, vous pourrez jouer sur le temps de développement ou l’agitation afin d’adapter le développement à votre style photographique afin d’obtenir les négatifs qui vous faciliteront le travail sous agrandisseur.

Le tirage

C’est l’étape magique et qui donne se côté unique à la photographie argentique Noir et Blanc. C’est à cette étape que l’on voit apparaitre l’image sur la papier. C’est à cette étape que l’on peut ajuster et ré-équilibrer la lumière sur le tirage.

Et encore une fois, les choix que vous ferez à cette étape auront une grande influence sur votre photographie finale. C’est a cette étape que vous pourrez faire une photographie plus sombre, plus claire, plus ou moins contrastée, ect..

Exemple de retouche par un tireur professionnel

Se libérer des écrans et prendre le temps

Dans notre société actuelle, les écrans sont omniprésents. Les ordinateurs, les télévisions, les téléphones, les écrans publicitaires sont notre quotidien.

Le noir et blanc argentique vous permets de réaliser vos photographies de A à Z sans passer par l’intermédiaire d’un écran.

C’est, je trouve, un vrai repos pour nos yeux et notre cerveau. Ce qui fait de la photographie argentique un passe temps qui nous procure une réelle coupure.

C’est aussi une activité ou la patience est importante et ou il faut prendre le temps. Encore une fois, cela nous permet de sortir de notre société ou tout va extrêmement vite et de donner du temps pour souffler à notre cerveau.

C’est aussi une activité manuelle, et c’est toujours plaisant pour les personnes comme moi qui n’ont pas un travail manuel de réaliser quelque chose de nos mains.

Donner de la valeur à nos images

Avec la démocratisation de la photographie et son côté facile d’accès, tous le monde prend des photos. Beaucoup de photos…

Et toutes ces photos finissent sur un téléphone, ordinateur ou disque dur et finissent par être oublié.

En choisissant l’argentique, vous serez amené à faire des choix. A la prise de vue et même plus tard au tirage, car la photo argentique est une activité chronophage (mais c’est un passe-temps, donc ce n’est pas un problème). Ces choix seront parfois dur, mais vous les aimerais car ce seront les vôtre. Vous aurez donc moins de photos à montrer (ce qui n’est pas plus mal, les diaporama de 500 photos de voyage c’est long…), mais elles auront plus de valeurs pour vous.

Si comme moi vous vendez vos photographies, j’aime l’idée que chaque tirage est unique, même si il vient du même négatif que le tirage précédent. La méthode de tirage de par sa nature donne au tirage son unicité, la ou les imprimantes reproduisent le fichier numérique à l’identique, impression après impression.

Le partage

Je tire toutes mes photos sur du papier 13x18cm, quels soient issu mon travail pro, d’auteur ou mes photos persos. Et je les mets toutes dans une boite qui est très facile à sortir pour partager avec les gens qui veulent parler photo ou mes proches. Et les échanges sont favorisés par la circulation des images papiers, les gens sont « actifs » en opposition aux diaporama sur écran ou les gens sont spectateurs et donc passif la plupart du temps.

Ma boite photo avec mes tirages 13x18cm.

La sauvegarde

Vous n’êtes pas sans savoir que le stockage est une question épineuse en informatique. Le risque de perte est réel et il faut faire attention à ses sauvegardes. Sans compter que les formats actuels ne seront peut être plus lisible dans 30ans, ça personne ne le sait.

Avec l’argentique, nos photos sont sur papier, nous pourrons toujours les lire. Pareil pour nos négatifs, bien conservé il seront toujours la dans 50ans et vous pourrez en faire de nouveaux tirages.

Pensez à ce que vous voulez laisser à vos proches, vos descendants. A notre plaisir de trouver des images papier de nos arrières grand parents ou encore plus loin dans la passé.

Pensez vous que vos descendant iront fouiller dans vos disques durs pour trier vos photos?

Conclusion

Je vous ai expliqué pourquoi j’apprécie l’argentique noir et blanc, vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec moi.

Mais si vous en avez la possibilité, essayer l’argentique. Ce sera toujours une bonne expérience.

Et si j’avais un conseil à donner pour ceux qui font du numérique ce serait celui-ci : imprimer vos photos, même en petit (13x18cm c’est un format sympa). Une photo n’est pas la même sur papier que sur écran.